Genèse
Genèse d'une collection
Par Tom Volf, président du Fonds de Dotation Maria Callas.
En 2013, j'assiste à une représentation au Metropolitan Opera de New York. C'est ma première soirée à l'opéra. Je ne connaissais rien à l'art lyrique, mais cette soirée m'a donné envie d'en entendre davantage. En rentrant, j'ai cherché d'autres interprétations sur internet, et La Callas est sortie. Le choc a été si violent que j'ai passé la nuit à écouter tout son répertoire.
Je raconte cette soirée parce qu'elle explique la nature de cette collection mieux qu'une note d'intention. Elle n'a pas été constituée par un musicologue, ni par une institution qui aurait décidé de réunir un corpus. Elle est née d'une ignorance et d'une curiosité. C'est une faiblesse de méthode, et je crois que c'est aussi ce qui l'a rendue possible : n'ayant aucune thèse à défendre sur Callas, je n'ai rien cherché d'autre que ce qu'on voulait bien me montrer.
Les tiroirs
Quatre années de quête s'ensuivent, à travers le monde, pour retrouver ceux qui l'ont connue — proches, collaborateurs, amis, ceux qui l'habillaient, ceux qui la conduisaient, ceux qui répondaient à son courrier. Une trentaine d'entretiens ont été enregistrés. Beaucoup de ces témoins étaient très âgés ; plusieurs sont morts depuis.
À chaque rencontre, c'est l'humain qui l'emportait. Chacun me révélait un moment, un souvenir, et bien souvent l'émotion surgissait. La plupart ouvraient leurs tiroirs et sortaient des photographies personnelles, des lettres de Maria, des films Super 8 pris lors d'une après-midi entre amis, des enregistrements. J'ai regardé tout cela après un an et demi et je me suis rendu compte que la matière était inédite et précieuse.
Du souvenir privé au document
C'est le point qui distingue cette collection de la plupart des autres. Les archives du Teatro Regio de Turin, de la Scala, de Ricordi, celles de la Fondation Zeffirelli, sont des archives d'institution : elles conservent ce qu'une maison a produit, dans ses murs, avec ses règles. Ce que j'ai rassemblé n'était dans aucune institution. C'était chez des particuliers, sans inventaire, sans conditions de conservation, souvent sans que le détenteur mesure l'intérêt de ce qu'il gardait.
Une bobine Super 8 dans une armoire de Milan n'est pas une archive : c'est un souvenir de famille. Elle ne le devient qu'au moment où quelqu'un la nomme, la date et la met à l'abri.
Ce moment de bascule — du souvenir privé au document — est le seul travail dont je peux revendiquer la paternité. Voir ce que conserve le Fonds.
Ses propres mots
Mon intuition première était de redonner la parole à Callas et de la remettre au centre du récit de sa vie, dont la légende est truffée de contre-vérités. Elle a laissé l'image d'une diva capricieuse. C'est ridicule. Son tempérament impétueux souligne bien souvent l'exigence et la perfection d'un travail précis et rigoureux.
De ce principe découle un premier choix : l'absence de commentaire extérieur. Dans le film comme dans les livres, aucune voix d'expert ne vient expliquer Callas.
Restaurer sans inventer
Le second choix concerne la restauration, et je peux ici décrire un protocole plutôt qu'énoncer une intention.
En 2021, nous avons récupéré les bobines originales en 16 mm du récital donné par Callas à l'Opéra de Paris le 19 décembre 1958 — des bobines qui n'avaient pas été consultées depuis au moins cinquante ans et dont l'état de dégradation était avancé. Ces documents ont été numérisés puis scannés image par image pour obtenir une qualité comparable à la 4K : au total cent trente mille images, traitées une par une. Le travail a duré deux ans.
À partir des images originales en noir et blanc est venue l'étape suivante, la colorisation. Elle s'est faite en consultant toutes les photographies couleur produites pendant la soirée de décembre 1958 — les décors, les costumes, les éléments scéniques sont documentés. Le son a été traité avec la même exigence : à partir de la bande magnétique originale, jusqu'à une qualité Dolby Atmos.
Je sais ce qu'on peut objecter à la colorisation d'un document. Je maintiens qu'il ne s'agit pas d'ajouter une couleur à une archive en noir et blanc, mais de restituer celle que le support avait perdue — et que la seule méthode acceptable consiste à ne colorier que ce dont on possède la preuve photographique.
Transmettre
Réunir, conserver et documenter : la troisième de ces obligations est la moins spectaculaire et la plus longue. Elle est en cours.
Ce que je souhaite pour la suite tient en une phrase : que ces documents servent à d'autres qu'à moi. C'est l'objet du Musée Maria Callas, et la raison pour laquelle le Fonds ouvre sa collection aux expositions, publications et productions.
Aidez à préserver cette collection — faire un don ou rejoindre les Amis de Maria Callas.
Cinquantenaire · 16 septembre 2027
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